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Tribunal des Arts de Saint-Affrique : place à une nouvelle exposition photo

EXPOSITION PHOTOGRAPHIQUE : SAUVE TERRE
Le causse de Sauveterre en sauve qui peut la terre

Cette rencontre, ce fut un jour de gel, un jour gris, un jour à l‘envers à grimper dans cette forêt mise à nu n’ayant plus rien à cacher, tout à dévoiler.

Je l’avoue, je ne m’attendais à rien de précis, à rien de défini en posant l’empreinte crantée de mes chaussures sur ce sol de cendre. En posant les mains sur cette roche au calcaire desquamé, effrité. A buter maladroitement sur ces petites souches de buis calcinées.

Etrange échiquier morcelé, fragmenté aux allures volcaniques. Au sol, une seule couleur, le noir, noir tombeau celui qui se referme sur le néant, noir corbeau, celui qui crève les yeux. Parfois, une tâche d’un vert psychédélique, fine pellicule moussue d’un vert sauvage, acidulé, couleur LSD. Parfois, ici et là… déjà… de petites pousses de buis émergeant des scories, touffes charnues en couronne de mariée.

Reprise timide et si fragile, reconstruction lente d’un Sauveterre en sauve qui peut la terre. Parfois, de petites tâches d’un orange oxydé, disséminées comme des pustules de rouille, dernières traces d’un combat féroce, de ces bombardiers d’eau croisant le feu et la démence des flammes, ces brasiers géants leur léchant la carlingue dans un combat divin opposant l’homme suffoquant, aux forces d’une nature en rébellion.

Deux mois durant, méthodiquement, je me suis immiscé ainsi, le regard ébahi, sur ce causse de Sauveterre s’offrant aux quatre vents comme une église abandonnée. Sans craindre la suie, la cendre, l’écorce fragmentée, cicatrices profondes d’une terre aux apparences moribondes pour me fondre seul dans ce paysage profané.

Ainsi, sur ce plateau des Baouris, j’ai dérivé de falaises en combes humides, de rochers élancés en pyramides érodées. Vision chromatique élémentaire ? Croisant des regards noirs, des carapaces aux écailles luisantes, des corps allongés, esthétisés… anges noirs momifiés.

J’ai caressé des troncs tortueux, aux courbes insolentes, s’enroulant comme des corps enlacés, amoureux embaumés. De l’art brut né d’une terre révoltée. Ce n’est plus une forêt profonde. Ce n’est plus une forêt enchantée. C’est désormais un Sauveterre en vigilance, aux aguets, sur le qui-vive dans la crainte d’une nouvelle expédition punitive.

 

 « Forêt brûlée, arbre dévoré par un feu meurtrier,

Le salaud, il ne te laissa aucune chance, écorché à vif et défolié.

Sans plus aucune prise au vent, tu ne joues plus la sarabande,

Seul prisonnier, muet et emmuré dans ton écorce de cendre »

 

GILLES BERTRAND

Du sport à la photo de rue

Photo-journaliste depuis 1989 dans le monde du sport et de la société civile, je suis par ailleurs très impliqué sur le territoire des Grands Causses notamment comme organisateur du Festival des Templiers depuis 1995.

Présentée à Millau avec succès en avril 2023, Sauve Terre sera ma 10ème exposition après…

Comme photographe de rue, je travaille depuis novembre 2022 sur un projet consacré à la vie urbaine dans Paris et sa proche banlieue.
Comme cyclo-voyageur, je poursuis depuis 2022, un projet photographique consacré au monde rural aux Etats Unis.

 

Vernissage : lundi 15 janvier 2024 à 18h au Tribunal des Arts