Ce n’est pas parce que les années ont passé sur l’histoire que les dates doivent s’effacer au fil du temps et masquer le devoir de mémoire. C’est bien la raison pour laquelle, au cours de cet été, un des agents des Services techniques municipaux a entrepris la réfection de la plaque commémorative de la capitulation de la garnison allemande de Saint-Affrique. Plaque sur pied située à la hauteur du n°5 du Bd de la République.
Les lettrines redorées à la main par l’agent Philippe Bonnefous ont ainsi donné un « coup de jeune » à cet évènement local historique du 20 août 1944 qu’ Henri Moizet, en historien passionné, raconte ci-dessous, répondant à la question : « 20 août 1944 ‘’Libération de Saint-Affrique’’. Pourquoi une plaque souvenir ? :
« La plaque évoquant cet épisode peut intriguer par la date, le vocabulaire et le personnage central du cl Muntzer, officier le plus haut gradé de notre ville. L’implication du maquis P. Clé, ne saurait surprendre : c’est le maquis ‘’mobilisateur’’ dit de Saint-Affrique, bien que regroupé, jusque-là, sur le secteur de Sylvanès.
Cette journée est une rupture essentielle. La colonne allemande en retraite, depuis le 18 août de Rodez, arrivait aux portes de Millau. Elle avait dû affronter un harcèlement ponctuel et les désertions la fragilisaient. Les combats sporadiques, à Flavin, au Bois des Tries et Bois du Four, à la Tâcherie la rendaient dangereuse : sa honteuse retraite fut jalonnée d’assassinats de civils jusqu’à Argols. Après son bref séjour dans Millau, grossie de la garnison locale, elle repartit le 22 vers le Larzac et l’Hérault, récupérant au passage celle du camp. De Saint-Affrique, une soixantaine de militaires seulement l’aurait rejointe. Notre ville restait donc potentiellement exposée, sous un pouvoir militaire occupant toujours en place.
Or le pire ne s’est pas produit. Un heureux concours de circonstances l’explique. L’isolement de notre secteur, la capacité de combat du maquis surévaluée par la kommandantur et surtout l’attitude du cl Muntzer en sont les raisons. Le résultat en fut une libération sans combat, sans exactions et sans victimes, marquée par l’entrée du maquis dans Saint-Affrique. Ce dernier maîtrisait rapidement les lieux stratégiques sans coup férir (St-Gabriel et château de Recoules). Officiers et soldats se rendirent sans combattre : à noter le fort contingent de soldats blessés ou malades soignés dans nos murs.
Dans un tel contexte, ce ne fut pas le rapport des forces qui devint essentiel, c’est la personnalité du cl Muntzer. Cet Autrichien, médecin et antinazi, avait à plusieurs reprises manifester, peu avant, son opposition aux représailles contre les civils, s’interposant face aux officiers vengeurs des colonnes de passage. On évoque même les contacts courtois avec des Saint-Affricains (M. Puel surtout). Avec habileté, la Résistance locale avait su ouvrir un dialogue, par personnes interposées, et envisager un accord possible, sorte de ‘’modus vivendi’’ sans agression, entre gens d’honneur. Le colonel avait respecté sa parole : le 20 et le 21 août marquèrent cet aboutissement heureux pour la ville. Par téléphone, le lt Barthès dit Dumont obtenait sa confirmation orale de reddition et le 21 au matin, la signature intervint formellement dans le hall de l’Hôtel moderne.
Tirant les enseignements d’une telle attitude humaniste et pacifique, le maquis lui proposa de se considérer ‘’comme prisonnier sur parole ’’. Echappant ainsi à une dure captivité possible, il restait libre de ses mouvements. Notre population se montra à l’unisson, lui manifestant quelque empathie, respectant sa personne et sa liberté personnelle.
Un bémol cependant. Regrettons que son désir de bénéficier d’une naturalisation n’ait pas été bien accueilli par les autorités françaises. Il aurait alors choisi d’émigrer vers les Etats-Unis. Mais son souvenir mérite lui de perdurer ».
Désormais en passant devant le 5 du Bd de la République non loin des commerces bien fréquentés, personne ne pourra plus dire « je ne savais pas ! » ou « je n’avais pas vu la plaque !»

